Bertrand Le Rohan (1686-1744) et sa future femme Françoise Congar (1688-1743) naissent et grandissent à Plouisy, près de Guingamp, dans l'actuel département des Côtes d'Armor. A cette époque, ce territoire dépend de l'évêché de Tréguier.
Localisation de Plouisy, Guingamp et Gommenec'h.
Ils se connaissent depuis leur enfance, et se marient dans leur paroisse natale le 7 janvier 1723. Durant cette année-là, ils viennent habiter la ville de Guingamp toute proche, dans la paroisse Sainte-Croix, tandis qu'un premier enfant s'annonce. Las, ce garçon ne naît pas vivant. Sans même avoir reçu de prénom, l'enfant est inhumé le 15 octobre 1723 après avoir été "ondoyé" par la sage-femme, substitut fréquent au sacrement religieux en cas d'enfant mort-né.
Si les parents en sortent éprouvés, la vie reprend vite son cours et le travail n'attend pas. Les années se suivent, et une nouvelle naissance a bientôt lieu en 1725.
C'est le 11 septembre 1725, il y a aujourd'hui précisément 300 ans, que naît Michel Le Rohan (Roc'han, en breton) au domicile de ses parents dans la paroisse Sainte-Croix. C'est Michel Le Hénaff, "honorable homme" de la paroisse voisine de Notre-Dame, qui lui donne son prénom en devenant son parrain. La marraine est Elizabeth Congar, de la famille maternelle de l'enfant.
Si d'autres enfants viendront après, c'est de Michel, mon "Sosa 164", que je descends et qui se trouve être un de mes ancêtres 5 générations avant la mienne. Et en ce 11 septembre, plutôt que du souvenir de la fin heureuse du siège de Sébastopol en 1855, du triste coup d'Etat au Chili en 1973 ou des dramatiques attentats de 2001 aux Etats-Unis et sans vouloir les oublier, c'est le "300ème anniversaire" de mon aïeul trégorois que je veux honorer.
Michel grandit à Guingamp puis fréquente la paroisse Gommenec'h où il se rend souvent. Il y fait la connaissance de sa future épouse, mon aïeule Elizabeth Jégou (1730-1792).
Le jour de leur mariage à Gommenec'h en 1754 Michel est mentionné "soldat milicien". Elizabeth est filandière, métier particulièrement répandu en Trégor et en Goëlo, ces terres où le chanvre et le lin sont alors abondamment cultivés.
Acte de mariage de Michel Le Rohan et Isabeau (Elizabeth) Jégou,
le 11 février 1754 en l'église paroissiale de Gommenec'h.
"Michel Le Rohan, soldat milicien, (...), né à Sainte-Croix les Guingamp, habitué de cette paroisse, avec la permission de Monsieur Guinchard, aide major au bataillon de Saint-Brieuc, milice de Bretagne (...)".
C'est donc à cette époque dans le bataillon de Saint-Brieuc que Michel se trouve enrôlé comme milicien. Chaque paroisse est alors tenue de financer la charge d'un ou deux miliciens, et davantage dans les grandes localités, afin de financer leur équipement.
La charge de milicien, définie par l'ordonnance royale de 1688 plusieurs fois modifiée, répond à deux fonctions principales. D'une part, celle de maintenir l'ordre public dans les campagnes et les villes ou de surveiller les côtes pour prévenir tout danger et d'autre part de servir de réserve à l'armée en cas de guerre. A ce titre, il est fréquent que les miliciens soient rassemblés pour se rendre sur les frontières du royaume, voire à l'étranger. Ainsi en 1727, à une époque où Michel Le Rohan est encore certainement milicien, son bataillon de Saint-Brieuc part guerroyer aux Pays-Bas avec ceux de Rennes et de Redon. En 1758, durant la guerre de Sept Ans, 800 miliciens bretons sont affectés à l'armée du Rhin [cf. Yvonnick DANARD et Armelle GAUTIER, La milice de l'Ancien Régime en Bretagne, Revue historique des armées, 1996, 205, pp. 115-125].
La fonction n'est généralement exercée que durant quelques années. Chaque année, une ordonnance de levée définit l'effectif que la province doit fournir au royaume, l'intendant de chaque provine ayant pour tâche de répartir cette levée entre toutes les paroisses. S'agissant de la Bretagne, le contingent annuel oscille entre 1 000 et 3 000.
L'accès à la milice se fait par la volonté de l'intéressé (engagé volontaire) ou, plus souvent, par tirage au sort. Parmi les conditions physiques à remplir, l'une des principales est la taille : le jeune homme ne doit pas être inférieur à 5 pieds de haut (1,62 m).
Michel et Elizabeth habitent au village de Kerdoret, situé au sud du bourg. Ils auront au moins trois enfants, tous garçons : Yves, Gui et Allain, nés à Kerdoret.
Yves, dont je descends, sera tisserand à Saint-Jean-Kerdaniel puis à Gommenec'h et son frère Gui sera aubergiste.
L'ancien milicien Michel Le Rohan meurt le 16 mai 1790 à Gommenec'h, entouré des siens, à l'âge de 64 ans.
La Révolution française est engagée, mais nul n'imagine encore la guerre civile à venir. La Constitution civile du clergé (juillet 1790) et la levée des 300 000 hommes (février 1793) auront dans peu de temps pour effet de mettre les paroisses bretonnes à feu et à sang, et d'exposer aux plus grands risques, face à la garde nationale, les serviteurs militaires de l'Ancien régime dont a fait partie Michel durant quelques années.
Qu'importe, celui-ci repose désormais en paix et n'aura pas à se battre ou à se défendre. Alors, soufflons ensemble les 300 bougies de son gâteau d'anniversaire !
Jean-Marie Renault
11 septembre 2025
Rédaction certifiée sans recours à l'intelligence artificielle




J'adore, ce sont ces petits morceaux de vie qui rendent la généalogie si intéressante
RépondreSupprimerOui, c'est le passage de la généalogie à l'histoire qui rendent vivants de tels écrits.
SupprimerHeureux anniversaire à ce papy puissance 5
RépondreSupprimerJe lui transmettrai, le moment venu !
Supprimer