Mes recherches généalogiques m'avaient fait découvrir, en avril 2023, une personne remarquable dont la mémoire, tant familiale que publique, était tombée injustement dans l'oubli.
Delphine Morlais, épouse Le Gall, résistante engagée durant les heures les plus sombres de l'histoire, avait été arrêtée chez elle à Guingamp le 6 août 1943 par la police de Vichy en tant que "terroriste", en raison de son adhésion au parti communiste clandestin et de ses actions d'hébergement de cadres du parti, au nez et à la barbe des militaires allemands pourtant cantonnés tous près.
Emprisonnée avec une quarantaine d'autres résistants à Saint-Brieuc puis à Rennes, elle avait été transférée au fort de Romainville alors tenu par l'occupant, puis déportée à Ravensbrück où elle fût assassinée par la barbarie nazie.
Ce fût pour moi, après le choc de la découverte, un travail dense de recherches précises pour tenter de retrouver les éléments les plus saillants de son parcours, depuis son enfance guingampaise jusqu'à sa fin tragique dans le froid hivernal d'un camp d'extermination.
J'ai relaté la vie de Delphine, cousine de ma grand-mère Marie Morlais, dans mon ouvrage Delphine Le Gall-Morlais, la Résistante sans visage paru en février 2026 aux éditions de l'AFMD 22.
Sans visage... Le titre et l'illustration de couverture évoquent un manque, durant ces trois années de travail, celui de ne pas disposer d'une photographie, ni même du moindre effet personnel de cette femme qui a pourtant vécu durant 50 ans dans sa maison du quartier de la Madeleine.
Depuis une première tentative...
Jimmy Tual, président de la délégation des Côtes d'Armor des Amis de la Fondation de la Mémoire de la Déportation (AFMD), informé de ce manque, me proposa la photographie d'identité de "Madame Le Gall" prise dans un fonds photographique de résistants et résistantes.
Etait-ce bien Delphine ? Il convenait de le vérifier, car Le Gall est un patronyme répandu en Bretagne et le risque de confusion était réel, même s'il s'agissait bien là d'une femme résistante et trégoroise. Ce risque d'erreur était tellement faible que nous étions plusieurs à nous convaincre que nous tenions là, enfin, une photo tant attendue de Delphine.
Il fallait porter cette photographie d'identité à la connaissance du public sous forme d'un appel à témoins, ce qui fût fait grâce à l'aide précieuse du quotidien Le Télégramme, dont l'édition de Guingamp du 10 juillet 2024 en publia une copie.
Comment être certain qu'il s'agit de Delphine ?
La 1ère expérience ayant démontré la nécessité de vérifier l'identité de la personne, ce contrôle préalable s'est d'autant plus imposé ici que les photos sont muettes, aucune d'entre elles n'ayant fait l'objet d'annotations.
Les éléments d'observation en sont les suivants.
- Ces clichés sont des "photos de famille" de Nicole qui lui ont été transmises par sa mère Jeanne Guérin, et ne proviennent pas de l'extérieur du cercle familial. Il ne peut s'agir que d'un membre de la famille ou d'une amie très proche.
- Il existe plusieurs photos différentes de cette femme, prises à diverses périodes (années 1910, 1920 et 1930). L'hypothèse d'une amie, même proche, paraît improbable.
- Sur une photographie (voir plus bas), cette personne pose chez le photographe avec une enfant d'environ 4 ans qui s'avère être Jeanne Guérin, nièce de Delphine et mère de Nicole [identification certifiée par celle-ci], née en 1916. L'âge de l'enfant nous indique une date proche de 1920. Delphine aurait environ 30 ans, ce qui correspond à l'âge de cette personne. Cette dernière est entièrement vêtue de noir, signe d'un deuil (Auguste Le Gall est mort en août 1917) tandis que sur une photo antérieure à 1915 sa tenue comprend un col blanc.
- Sur un autre cliché (voir plus bas), la même personne pose devant une façade de maison, près de la porte d'entrée. Une enfant et une femme en tablier, difficilement identifiables (peut-être Jeanne Guérin et sa mère Jeanne Morlais, sœur de Delphine ?), se tiennent en retrait. Une comparaison détaillée du mur avec celui du domicile de Delphine (actuel 62 rue de la Madeleine) montre qu'il s'agit de la même maçonnerie (voir photos plus bas) : nombre, taille et forme des pierres, disposition des joints, défauts même mineurs dans certaines pierres, tout démontre que le mur sur la photographie est celui du domicile de Delphine. La ressemblance de la personne sur la photo avec celle des autres clichés indique qu'il s'agit d'une seule et même personne, posant visiblement devant sa maison.
et sa nièce Jeanne Guérin, vers 1920.
Jean-Marie RenaultMai 2026
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Quel symbole que cette date du 8 mai! Merci à ton opiniâtreté qui fait que le sacrifice de Delphine n'est pas oublié
RépondreSupprimerMerci pour ce compliment. La réaction à l'injustice de l'oubli peut faire déplacer des montagnes !
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