Quatre siècles de destins qui nous ont précédés

Blog généalogique de Jean-Marie Renault

Ce blog est la poursuite du blog GénéaRenault (www.genearenault.org/blog) dont les articles sont toujours accessibles à la lecture. Les articles portent sur les ascendances de Jean Renault et de Marie Le Baill, mariés en 1944. Aucun texte ne concerne la période postérieure à leur mariage.

lundi 22 septembre 2025

Jeannie, j'ai retrouvé ton livre !

La rentrée scolaire de septembre 1870 est faite, et Jeannie va bientôt avoir 7 ans. Elle se rend à l'école chaque matin avec enthousiasme. C'est une belle ouverture pour une fillette dont la vie a si cruellement commencé.

Ses deux parents sont morts l'an dernier, à quinze jours d'intervalle. Hervé Coatanéa, forgeron au bourg de la Trinité en Plouzané (Finistère) et son épouse Marie Anne Salaün n'ont en effet pas survécu à l'épidémie de choléra qui a sévi dans les campagnes du Léon, notamment à Plouzané, laissant trois petits orphelins, Marie Jeanne dite Jeannie, son frère Jean Marie dit Jean-Bi, et sa petite sœur Marie Guillemette. Ils ont respectivement 6 ans, 3 ans et 1 an lorsque leurs parents sont emportés par la maladie.

Les trois jeunes enfants viennent d'être recueillis à la Trinité par leur grand-mère veuve, Josèphe Poncin qui, à 64 ans, fait tout son possible pour rendre plus agréable le quotidien de ses trois petits protégés tout en cultivant seule ses terres.

Ajoutant encore de la peine au malheur, Marie Guillemette décédera à l'âge de 8 ans, laissant définitivement seuls Jeannie et Jean Marie, sœur et frère désormais inséparables.


Bien entourée par l'affection de sa grand-mère, Jeannie cherche une revanche à la cruauté de la vie et se forge, pour reprendre le métier de son papa, une personnalité très volontaire. Avec son frère Jean Marie, elle a compris que la vie ne peut sourire qu'à ceux qui se battent, et va livrer ses premières batailles à l'école pour y réussir.

L'école primaire n'est pas encore obligatoire, mais les paysans du Léon n'ont pas attendu les lois Ferry pour scolariser une proportion importante de leurs enfants, y compris les jeunes filles, dans les écoles dont chaque commune doit désormais être dotée, depuis la loi Guizot de 1833. Et si l'école n'est pas encore gratuite pour tous, les enfants indigents sont dispensés de tout droit d'inscription. La situation familiale et sociale particulière de Jeannie et de son frère donne à penser que l'école leur fût gratuite.

A l'école des filles de Plouzané, probablement religieuse, Jeannie Coatanéa apprend à parler, lire et écrire le français tout en continuant à pratiquer le breton avec sa grand-mère. Si la proximité de Brest, cette "ville française en terre bretonne" comme on l'a souvent qualifiée, rend la langue française légèrement connue de certains, son usage n'est cependant d'aucune utilité dans les campagnes : l'immense majorité des familles rurales ne parlent que breton, et en cas de besoin pour le notaire ou l'état-civil on trouve toujours un ami pour faire une traduction.

Dans cette langue très nouvelle pour elle, Jeannie suit avec intérêt le programme des écoles primaires de filles qui prévoit l’instruction morale et religieuse, la lecture, l’écriture, les éléments du calcul, les éléments de la langue française, le chant, les travaux d’aiguille, et les éléments du dessin linéaire.

Quelques manuels lui servent quotidiennement, dont celui d'exercices élémentaires, par Chapsal, édité en 1862, adapté à l'apprentissage de la grammaire. 


Ce manuel , Jeannie y tient beaucoup. Elle s'empresse d'y apposer son nom sur la page 2 de couverture, fragile rempart en cas de perte.


En page 13, notre écolière trouve quelques principes simples dont elle se souviendra, aux dires de ceux qui l'ont connue et aimée, comme sa petite-fille Marie Le Baill. 
Ainsi, "Le véritable esprit a les qualités du diamant : il est brillant et solide", ou encore "La véritable grandeur est douce, familière et indulgente ; son caractère est noble et facile ; elle inspire un respect sincère et une confiance illimitée".

Pour Jeannie, ce manuel est précieux entre tout, tant en raison de son contenu que de la valeur qu'il représente au sein d'une famille très modeste qui n'hésite pas à dépenser pour elle, dont le début de vie a été si difficile et dont l'avenir doit être épanouissant.

Soucieuse de pouvoir le retrouver si, d'aventure, elle l'égarait, Jeannie Coatanéa a pris soin d'encourager son éventuelle restitution. En page 3 de couverture, sous le rappel de son nom, elle a difficilement calligraphié un petit texte au crayon à papier : 


"Ce livre appartient à Jeannie Coatanéa. Ceux ou celles qui le trouvera aura la bonté de lui le rendre et il aura pour sa bonté un beau prix ou bien une belle image pour sa récompense".

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Dans les innombrables papiers, photos et livres que possédait sa petite-fille Marie (1918-2009), j'ai retrouvé aujourd'hui ce précieux ouvrage avec lequel ma propre arrière-grand-mère Jeannie Coatanéa (1863-1935) avait travaillé, étudié, et sur lequel elle avait apposé il y a 155 ans ses marques de propriété.

Jeannie, j'ai retrouvé ton livre ! Qu'aurai-je pour récompense ?


Jeannie Coatanéa vers 1932


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Epilogue.

En 1875, alors que mon arrière-grand-mère Jeannie va avoir 12 ans et que sa scolarité est terminée, sa grand-mère (67 ans) puis sa petite sœur Marie (7 ans) décèdent à leur tour. Nos deux orphelins sont alors accueillis par leur tante Marie Guillemette Coatanéa, dite "Tintin Mari" et son mari René Prigent, charpentier au port de Brest. 

Tante et oncle habitent à St-Pierre-Quilbignon, dans le quartier de Keroudot. Accueillir les deux enfants nécessite un logis plus grand : le couple déménage et s'installe alors rue de Brest. 

Ainsi s'achève la vie rurale de Jeannie Coatanéa. Si son cœur et ses souvenirs restent fortement ancrés à La Trinité en Plouzané, c'est à St-Pierre-Quilbignon puis à Brest que se construira son avenir.



Jean-Marie Renault  

22 septembre 2025

Rédaction garantie sans recours à l'intelligence artificielle



6 commentaires:

  1. Tu auras l'image de son sourire amusé sur sa photo.

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  2. J'adore vos écrits , merci pour le partage .

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  3. Comme c'est émouvant de tenir entre ses mains ce genre d'objet qui nous vient du passé. Bel article

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    1. Merci beaucoup. J'ai la chance d'avoir quelques objets, souvenirs précieux du passé, qui servent de supports à mes écrits.

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