Né
le 25 février 1891 à Lambézellec (Finistère) au foyer de Louis
Hyacinthe Clot et d'Isoline Morlais, Louis Clot se trouve être un
cousin germain de ma grand-mère Marie Morlais, la mère de Marie Le Baill. Aucun
souvenir familial précis ne semble concerner ce cousin pourtant
proche, preuve parmi d'autres du peu de lien réunissant les membres
de la famille Morlais.
Lien
familial entre Louis Clot et Marie Le Baill.
Il
perd son père alors qu'il a 15 ans, et reste habiter avec sa mère
et ses deux sœurs Joséphine et Madeleine à Lambézellec, au
lieu-dit La Villette (aujourd'hui dans Brest) situé dans le quartier de la gare des chemins
de fer départementaux.
Lycéen
à Brest puis bachelier, il débute des études supérieures à
Rennes. Il est étudiant lors de son recensement militaire à 20 ans,
en 1911, au cours duquel il est enregistré sous le matricule 3727.
Son
parcours militaire sera des plus brefs. Exempté de service militaire
en 1912 par le conseil de révision en raison d'une forte scoliose,
il est déclaré "bon absent" en 1914.
Mobilisé
toutefois en 1915, il est incorporé à Brest au 2ème régiment
d'infanterie coloniale et arrive au corps le 1er juin 1915 à
Neuville-aux-Bois, en Argonne,
comme soldat de 2ème classe sous le n° matricule 13.262. Réformé
dès le 15 juin de la même année en raison de déformations
scoliotiques très accentuées, il participe ainsi durant 15 jours à
la campagne contre l'Allemagne.
Sa
découverte des soldats africains au sein de son régiment va
orienter Louis Clot vers une carrière professionnelle qu'il n'avait
alors pas imaginée. Il échange avec eux lors des bivouacs dans les
tranchées de l'Argonne et réalise les besoins en emplois de leurs
pays d'origine. Peut-être même se fait-il donner une ou deux
adresses utiles.
Ayant
interrompu ses études en raison de la guerre, sans espoir de les
reprendre un jour, interdit de poursuivre son engagement militaire
durant le conflit, il se tourne vers les emplois coloniaux proposés
par les industriels, notamment les textiles du Nord et de Belgique
très investis dans les plantations de caoutchouc du Congo.
Ce
pays, actuelle République du Congo ou « Congo-Brazzaville »
par opposition à son vaste voisin dénommé Congo Belge,
« Congo-Léopoldville », « Congo-Kinshasa »
puis Zaïre et enfin République Démocratique du Congo (RDC), a été colonisé et
inclus dans l'empire français vers 1890. Il fait partie d'un vaste
ensemble colonial dénommé Afrique Équatoriale Française (AEF),
complétant les autres colonies africaines formant l'Afrique Occidentale
Française (AOF).
Louis
Clot obtient un passeport pour le Congo français valable à compter
du 17 octobre 1917 et arrive à M'Pouya le 1er décembre 1917 après
une longue navigation. Il se présente à Brazzaville, où il est
recruté. Son employeur, l'Al-Kel-Lé, est un consortium regroupant
les 3 sociétés Alima, Nkémé-Nkéni et Léfini, du nom de trois rivières
affluents du fleuve Congo.
La
société qui l'emploie à M'Pouya, petite ville située sur la rive
« française » du fleuve Congo qui sépare alors l'AEF du Congo
belge, exploite la culture de l'hévéa le long du fleuve Congo, et Louis est qualifié
« d'agent de plantations aux colonies », jusqu'au moment
de son décès en 1942.
Le caoutchouc, une ressource coloniale très exploitée en Afrique
Hergé, Tintin au Congo, éd. Casterman, 1931.
Les
conditions de travail des ouvriers noirs dans les plantations sont un
sujet sensible connu de tous. Au début du siècle, le rapport
Casement a déjà dénoncé les traitements esclavagistes et brutaux
ayant cours dans les plantations belges, tels que les mutilations,
les coups et blessures, les meurtres et les assassinats d'ouvriers
par des membres de l'encadrement belge. La partie française n'est
pas en reste, et l'affaire Toqué-Gaud (assassinat d'un ouvrier noir
commis par des administrateurs des colonies dans des conditions
particulièrement cruelles) déclenche une enquête conduite par
Brazza en 1905. Comme le pointe son rapport, la France exerce dans sa
colonie des dérives et des sévices inacceptables.
Afin
d'éviter désormais pareilles accusations et jugements,
l'administration coloniale française impose aux entreprises des
consignes strictes, dont l'application locale apparaît hélas fort
peu contrôlée.
Le
domaine colonial français en Afrique en 1935.
En foncé,
l'Afrique Équatoriale Française.
L'exploitation
des ressources naturelles de l'AEF est donc soumise à un cahier des
charges contraignant imposé par l'administration coloniale, cadre
juridico-politique qui tend parfois vers une certaine confusion des
pouvoirs entre l'autorité publique et la puissance industrielle
privée.
Ainsi,
comme l'indique Catherine Coquery-Vidrovitch,
« la compagnie versait annuellement à la colonie, d’une
part une redevance fixe qui variait suivant la superficie de la
concession (de 500 à 50 000 frs), augmentée à partir de la
cinquième et de la onzième année, et d’autre part un pourcentage
de 15 % sur les bénéfices. Elle devait en outre déposer un
cautionnement (de 8 000 à 100 000 frs selon les cas), participer à
l’établissement des postes de douane rendus nécessaires par ses
opérations et, le cas échéant, à la construction des lignes
télégraphiques traversant son territoire.
Elle
était astreinte à entretenir, sur son réseau fluvial, un nombre
défini de bateaux à vapeur de petit et grand modèle et à mettre
en terre au moins cent cinquante pieds de plantes à caoutchouc par
tonne exportée.
En
revanche, toute terre mise en valeur par ses soins devenait, en fin
de contrat, sa propriété pleine et entière. La définition de
cette « mise en valeur » était d’ailleurs fort extensive :
c’était une récolte de caoutchouc sur vingt pieds à l’hectare,
ou des constructions sur un dixième du sol. (…) Certes, il était
entendu que les Africains conservaient les villages qu’ils
occupaient et un droit de jouissance sur les terres de forêt, de
pâturage et de culture qui leur étaient « réservées ». Mais la
délimitation de ces réserves fut l’occasion de difficultés
inextricables. Les mœurs, coutumes, organisation et religion locales
devaient être respectées (...) L’expérience prouva en ce domaine
la carence complète du contrôle local et l’insuffisance de
l’armature légale prévue pour garantir les intérêts de
l’État ».
La
colonie française du Congo.
En rouge, localisation de M'Pouya où
réside Louis Clot.
Louis
exerce au sein de l'entreprise, une probable fonction de cadre ou de
contremaître d'une équipe « indigène ». Il n'est pas
possible à ce jour d'évaluer la durée de la présence de Louis
Clot au Congo-Brazzaville, au service de l'Al-Kel-Lé et de ses
plantations d'hévéas. Il n'est pas davantage possible de dater son
retour en métropole, ni d'en connaître les raisons. Tout au plus
peut-on estimer qu'il y passa l'essentiel des années 1920 et 1930.
Durant
cette longue absence, la famille de Louis a fortement évolué :
sa sœur Joséphine est morte en 1918 à Lambézellec, à son
domicile de Kerélie dans le quartier de la Villette, à l'âge de 24
ans. Sa sœur Madeleine a quitté la commune natale pour Paris où
elle vit désormais, depuis son mariage en 1935 dans le XVIIème
arrondissement, avec le Dr André Charpentier. Même sa mère
Isoline a quitté le Finistère et a rejoint sa fille à Paris.
C'est
pourtant à Lambézellec que Louis rentre, de retour de l'AEF. Aucun
membre de sa famille n'est là pour l'accueillir, et l'on est tenté
de penser que les liens familiaux se sont dissous durant son absence,
au point qu'Isoline Morlais ne sache même pas que son fils est
revenu en métropole. Louis a peut-être encore quelques relations
d'enfance dans sa commune natale, du moins on veut s'en convaincre.
Un
jour de décembre 1941, alors que les déplacements sont difficiles
en raison des restrictions imposées par l'armée d'occupation, Louis
se rend à Quimper. Cette visite ne surprend pas : c'est dans
cette ville, rue de Douarnenez, que vit sa vieille tante Marie
Joséphine Morlais, 81 ans, sœur d'Isoline et veuve de Lambert
Coupu.
Marie
Joséphine décède à son domicile le 3 décembre, peu de temps
avant ou après la venue de son neveu. Dans les jours ou les semaines
qui suivent, Louis est admis à l'hospice de Quimper, le futur
hôpital de la Providence. Il y décède le 19 janvier 1942, un mois
et demi après sa tante. Il paraît difficile de ne pas faire un lien
entre ces deux décès rapprochés, et d'imaginer le signe possible
d'une maladie contagieuse ayant emporté la tante puis le neveu.
Selon
le service des cimetières de Quimper, Louis Clot paraît avoir été
inhumé dans un premier temps au cimetière St-Marc en tant
qu'indigent, puis transféré après quelques temps à la fosse
commune du cimetière de St-Louis ou de St-Joseph, en l'absence du
paiement d'une concession.
Ainsi
s'achève la vie de Louis Clot, loin des siens et peut-être à leur
insu, célibataire sans enfant et sans ressources, dans le dénuement
et l'anonymat le plus complet. Le fonctionnaire de l'état-civil de
Quimper rédigea l'acte de décès, transcrit quelques semaines plus
tard par celui de Lambézellec où Louis résidait. Deux registres
municipaux lui servent aujourd'hui de sépulture.
Sa
mère Isoline, qui ne se déplaça pas, n'en sût probablement rien.
Elle-même gît aujourd'hui seule dans une tombe de Bobigny, près de
l'hôpital franco-musulman où elle décéda en 1953, loin des siens
et loin du cimetière de Brest où reposent ses parents, son mari et
l'une de ses filles.
Jean-Marie
Renault
(Rédaction certifiée sans recours à l'intelligence artificielle)